Un nouvel entrant sur le marché du soutien scolaire : l’individualisme.

IndividualismeLes cours particuliers n’ont jamais eu autant la cote, portés par l’accroissement de la compétition scolaire, ce phénomène participe au creusement des inégalités entre élèves des milieux aisés et les autres, et ce n’est pas la réduction d’impôts de 50% qui a bousculé cette tendance.

« En 2010, un collégien sur cinq et un lycéen sur trois ont eu recours aux cours particuliers. La France est devenue ainsi le premier marché de soutien scolaire privé dans l’Union européenne avec, en 2011, un volume d’affaires de 1,5 milliard d’euros. Un business dont la croissance est estimé à 10 % par an, alors que l’activité « au noir » continue de représenter 80 % du secteur. », D.Dauvergne, « Soutien scolaire : un marché juteux qui mise sur l’individualisme », l’Humanité du 9 septembre 2015.

Comment expliquer un tel engouement ?

Les parents ont peur pour l’avenir de leurs enfants. Que lit-on dans les journaux en ligne comme Le Figaro, BFM, 20 Minutes ? Que voit-on dans les journaux de TF1, France 2 et consorts ? Le chômage progresse, la croissance est faible, la France perd son Triple A dans les agences de notations, et j’en passe. Quand les parents voient ou lisent cela, l’inquiétude grandit pour l’insertion professionnelle de leurs enfants et ils souhaitent leur offrir le meilleur avenir possible par des diplômes, des expériences, des connaissances.

Et les entreprises privées ont bien compris la possibilité de gagner beaucoup d’argent grâce à cette peur de l’échec. En facturant entre 30 et 50 euros l’heure de cours (en moyenne), ces entreprises privées profitent de l’échec d’une autre entité, l’école. Ce lieu anciennement de joie, solidarité, où l’on pouvait s’épanouir, est devenu le lieu d’une compétition à qui aura la meilleure moyenne, avec une logique d’individualisation très marquée.

Non, le soutien scolaire n’est pas pour tous..

Dans une éducation de plus en plus marqué par une culture de la gagne, de compétition, les cours particuliers apparaissent comme la solution la plus efficace. Mais tout le monde ne peut y avoir accès, ainsi Erwan Lehoux, Doctorant en sociologie dresse une analyse précise des inégalités entre élèves :

« Les jeunes issus de familles en difficulté économique peuvent accéder à du soutien scolaire gratuit donné par des associations. Mais ce sont évidemment ceux issus de classes plus favorisées qui font appel aux cours payants pour un coup de pouce ponctuel et stratégique. Il y a clairement une opposition de classe, les parents qui ont recours à ce soutien privé sont souvent des managers ou des ingénieurs habitués à cette logique individualiste et à la concurrence, ou quelquefois des ouvriers à la position financière confortable. Il y a donc une reproduction sociale où les plus riches permettent à leurs enfants de réussir encore plus. »

La culture de la gagne

teachers-racial-bias
Image d’illustration Thinkstock

L’éclosion du « coaching » scolaire pousse à l’extrême l’individualisme et les inégalités entre élèves. Ce coaching, coûtant entre 50 et 150 euros la séance, permet à un élève d’être suivi à l’année par un coach. Ce coach suit en moyenne une dizaine d’élèves à l’année, là où les conseillers d’orientation du public en suivent des centaines.

« Le coaching vient du monde de l’entreprise, avec un public encore moins varié que pour le soutien scolaire payant », décrit la sociologue Anne-Claudine Oller.

Education nationale vs Soutien scolaire : Un aveu d’échec de l’Etat ?

privatetuition001L’essor du marché du soutien scolaire sonne comme un échec pour l’éducation nationale. L’école est considérée comme un marché ou chaque élève est en compétition contre les autres, pour obtenir un titre scolaire.

Les parents font par conséquence appels aux cours particuliers, et l’état incite à cela. Depuis les années 90, les parents peuvent déduire 50% du prix des cours de leurs impôts. Cette exonération fiscale ont boosté les entreprises privées et le marché du soutien scolaire.

Mais cet argent ne profite pas à l’éducation nationale, mais aux familles les plus aisées. Tout cela accroît encore plus les inégalités entre les élèves. Au lieu de permettre à tous d’avoir des cours, un suivi, de l’aide de la part de tous (élèves, professeurs, conseillers). L’état creuse un fossé social et permet au soutien scolaire de grandir et d’attiser la convoitise d’entreprises privées.

Source : « Soutien scolaire : un marché juteux qui mise sur l’individualisme », Delphine DAUVERGNE, Mercredi 9 septembre 2015, L’Humanité.

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s